La galerie de la nuit – extraits

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La galerie de la nuit fait partie de l’anthologie Momies, publiée aux éditions Cauchemars.

Vous pouvez la commander sur leur site Internet.

Chantier de fouilles de Bayad El Nasara, cent neufs kilomètres au Sud du Caire, 7 octobre 2003

Le vent soufflait sur les vastes étendues désertiques, balayant librement le sol qui ne lui opposait aucun obstacle susceptible de le ralentir. Quelques rochers, ici et là, dépassaient à peine du sable, comme s’ils craignaient de trop s’exposer aux éléments. Les collines, vierges de toute végétation, se succédaient à l’infini dans une monotonie aussi parfaite que dérangeante. Pourtant, au milieu de ce paysage sans intérêt, se dressait un petit groupe de tentes, dont la disposition témoignait d’un sens évident de l’organisation. Elles étaient solidement fixées au sol, ce qui était heureux, car le vent semblait vouloir s’acharner à les envoyer valdinguer au loin et le campement, vu de loin, donnait l’impression de se trouver dans l’œil d’une tornade. Ce phénomène dérangeait même les plus petits habitants du désert qui, écoutant leur instinct, évitaient cette zone avec soin. Les scorpions, malgré leur caractère parfois frondeur, n’échappaient pas à la règle. Il fallait vraiment être fou pour se rapprocher du refuge des humains.
Jean-Noël se réveilla en sursaut et se redressa sur son lit de camp avec trop de brusquerie. Il bascula sur le côté et se retrouva affalé par terre, les jambes en l’air et les chevilles entravées par son drap. Il demeura un long moment immobile, agacé par une situation qui, malheureusement, se répétait avec une régularité constante depuis son arrivée en Égypte. C’était son huitième chantier de fouilles dans ce pays et il ne se souvenait pas avoir autant souffert lors de ses précédents séjours. Cette fois, il y avait quelque chose de différent. Poussant un profond soupir, le jeune homme se redressa tant bien que mal et se libéra avant de se lever. Il s’étira au maximum, faisant craquer quelques jointures, puis sortit dans la nuit étoilée malgré la température peu élevée. En bon Normand, il n’était pas du genre frileux, mais le vent qui sifflait entre les tentes lui parut désagréable au point qu’il frissonna, entourant son torse de ses bras ; geste bien inutile pour tenter de se réchauffer. C’était étrange. Le climat ne ressemblait plus à ce dont il avait pris l’habitude, un peu comme s’il était devenu fou. Tout paraissait plus froid, plus mordant. Le sable lui-même avait changé : le jour, il dégageait à peine de la chaleur et la nuit, il semblait se transformer en roche.

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